À Crissier, la mue de l’Orée en un véritable lieu de vie

En septembre 2025, les premiers résidents quittaient l’EMS de l’Oriel pour rejoindre celui de l’Orée. Restait alors l’essentiel à construire : les habitudes, les rencontres et les liens. Qu’en est-il douze mois plus tard ? Retour sur une année qui a vu naître une véritable communauté de vie.

C’est d’un constat qu’est né l’Orée, dernier-né des établissements médico-sociaux (EMS) de la Fondation La Rozavère : l’EMS de l’Oriel, qui avait accueilli ses premiers résidents en 1988, ne répondait plus pleinement aux exigences de la psychiatrie de l’âge avancé. Les espaces, les flux et l’organisation des lieux rendaient plus difficile tant l’accompagnement des résidents que le travail des équipes. Il était donc devenu impératif d’offrir un environnement mieux adapté aux besoins des résidents comme aux réalités du terrain.

Durant environ cinq ans, professionnels, architectes et experts ont travaillé ensemble pour imaginer ce nouvel environnement. Un travail important, comme le résume Julien Ethenoz, responsable de la sécurité et des projets : « Tous les flux et les volumes ont été conçus pour optimiser le fonctionnement du bâtiment. » L’objectif n’était toutefois pas simplement de construire un bâtiment plus moderne, mais de créer un véritable cadre de vie, capable de répondre aux besoins actuels et futurs des résidents.

 

Un véritable chez-soi

L’organisation des espaces, les circulations, la luminosité, l’accessibilité et les lieux de rencontre ont tous fait l’objet d’une réflexion approfondie afin de favoriser le confort, la sécurité et l’autonomie des résidents. Autrement dit, il s’agissait de bâtir un projet dans lequel l’infrastructure n’est pas une fin en soi, mais un outil au service des personnes qui y vivent et y travaillent.

Parmi les changements les plus significatifs figurent les chambres individuelles. À l’Orée, contrairement à l’Oriel, chaque résident dispose désormais d’un espace personnel qu’il peut aménager à son image, avec ses photographies, ses objets familiers et les souvenirs qui l’accompagnent. Un gain de confort qui renforce également le respect de l’intimité et permet un accompagnement davantage centré sur la personne. « Quand on entre dans une chambre, on entre désormais chez quelqu’un », explique Émilie Tordjman, infirmière-cheffe.

Ce nouveau domicile a néanmoins dû être apprivoisé, petit à petit. Pour les résidents comme pour les équipes, les premières semaines ont été marquées par la découverte et les émotions, dès le déménagement, comme le rappelle Émilie Tordjman : « L’un des moments les plus forts a été de voir les bus arriver depuis l’Oriel avec les résidents. »

Puis, une fois l’épreuve du déménagement passée, les repères se sont installés. « Très vite, les résidents ont pris possession des lieux, donnant le sentiment d’être chez eux », explique Magali Ferreira da Costa, adjointe à la responsable socioculturelle. Les salons se sont alors transformés en lieux d’échanges. Les terrasses ont accueilli les premiers beaux jours. Les espaces communs sont devenus des lieux de rencontre où se croisent résidents, proches et collaborateurs.

Au fil des mois, les lieux ont cessé d’être simplement « nouveaux » pour devenir familiers. Ce qui, il y a peu encore, n’était qu’un nouveau bâtiment est progressivement devenu un lieu de vie partagé.

 

Une solidarité contagieuse

Cette mue a certes été rendue possible par l’architecture des lieux, mais aussi par les nouvelles possibilités offertes par des volumes repensés. Au-delà du confort, les nouveaux espaces ont permis d’enrichir l’accompagnement proposé aux résidents.

Pour Tina Cikaric, adjointe à la responsable de l’intendance, l’ouverture de l’Orée a marqué le début d’une nouvelle dynamique : « Nous avions le sentiment que le champ des possibles s’ouvrait devant nous. » Cette impression s’est traduite par le développement de nouvelles prestations de bien-être, telles qu’un thermospa, un chariot sensoriel ou des soins personnalisés.

Les espaces dédiés aux activités offrent également davantage de souplesse pour proposer des ateliers, des projets collectifs et des moments de rencontre. Promenades au bord du lac, sorties, rencontres intergénérationnelles, animations musicales, repas festifs ou simples moments partagés autour d’un café : cette première année a été ponctuée de nombreuses expériences vécues ensemble.

Entre résidents, évidemment, mais aussi entre collègues. Chaque jour, l’architecture des lieux encourage les différents métiers à collaborer pour accompagner les résidents et contribuer à leur bien-être. Pour Jordan Rat Cacciapaglia, responsable du service à table, cette solidarité fait pleinement partie de l’identité du lieu : « On est amené à sortir de sa fonction pour apporter son aide à l’autre. »

Cette manière de travailler favorise le décloisonnement, l’interdisciplinarité et le sentiment d’appartenance à une équipe. Un esprit collectif particulièrement précieux durant cette première année de changements, comme se plaît à le souligner Émilie Tordjman : « Les phases étaient parfois intenses, mais nous étions toujours ensemble. »

 

L’aventure continue

Cet état d’esprit est aujourd’hui l’un des éléments essentiels du fonctionnement quotidien de l’établissement. Ces valeurs partagées permettent également aux proches, qui occupent une place importante tant dans la vie de l’établissement que dans l’accompagnement des résidents, de se sentir écoutés, soutenus et associés à la prise en charge de leur parent, comme l’explique Olivier Meylan, fils d’une résidente.

Les « habitants » eux-mêmes témoignent du chemin parcouru au cours de cette première année. Pour Hélène Roux, l’arrivée à l’Orée s’inscrit dans la continuité d’un parcours de vie qu’elle évoque avec beaucoup de sérénité. Entourée de ses proches, attachée à sa liberté et à son indépendance, elle résume son histoire par une formule simple, qui résonne particulièrement à l’occasion de ce premier anniversaire : « J’ai eu la vie qui me convenait. »

De son côté, Simone Ruchat souhaite aujourd’hui mettre à profit sa propre expérience de l’arrivée à l’Orée pour accompagner les nouveaux résidents. Elle se réjouit ainsi d’intégrer le comité d’accueil et de contribuer à ce que chacun trouve ses repères dans ce nouvel environnement : « Si je peux aider quelqu’un à se sentir à l’aise, alors j’en serai heureuse. »

Un an après son ouverture, tout semble indiquer que l’Orée a trouvé son rythme. À force de rencontres, de petites attentions quotidiennes et de nouvelles relations, ce qui, il y a peu encore, n’était qu’un projet est devenu un véritable lieu de vie. « Un endroit où l’on prend soin des personnes avec humanité, en cultivant le bonheur d’être utile aux autres », comme le résume la réceptionniste Pascale Thorimbert. Une belle histoire qui continue de s’écrire, jour après jour.